Séance 2 : La recherche scientifique, entre temps long et injonction court-termiste

La science a ses rythmes propres : elle a besoin, pour s’épanouir et progresser, du temps long – celui de la recherche fondamentale, du tâtonnement, du mûrissement des problématiques et des concepts. Or, depuis des années, la recherche française est soumise aux injonctions du temps court – celui d’une économie de plus en plus frénétique, ou d’une politique sans boussole.

Pour évoquer le temps de la science, les menaces graves qui pèsent sur lui, et les moyens concrets de le protéger ou de le restaurer, l’Institut La Boétie a réuni, mercredi 31 mars 2021, Arnaud Saint-Martin, sociologue des sciences (CNRS) et militant de l’ESR, et Bruno Canard, biologiste virologue (CNRS).

Arnaud Saint-Martin a pointé, dans un tableau général, les effets délétères de « l’impératif accélérationniste » qui ravage le monde universitaire français, et a envisagé la possibilité d’une résistance.

Bruno Canard, dont le travail de longue haleine sur les coronavirus a été interrompu faute de financements, a ensuite témoigné, à partir de son expérience personnelle de chercheur, du pilotage à court-terme de la recherche française. Il a souligné que la dictature de l’urgence et le manque d’anticipation empêchaient à la fois de produire de la « bonne » science et de réfléchir sérieusement aux effets (éventuellement néfastes) des recherches et des innovations.

Enfin, les deux intervenants ont été invités à prolonger un peu la réflexion (déjà engagée dans leurs exposés) sur les moyens concrets – de l’initiative individuelle à la réforme de structure – de rompre avec l’injonction court-termiste dans l’ESR.

Présentation du séminaire « Pour une réappropriation politique du temps »

Le temps ne nous appartient plus. C’est ce qu’éprouvent au quotidien, dans leur travail ou dans leurs loisirs, des masses de plus en plus nombreuses d’individus. Cette expérience individuelle du temps, dégradée et aliénante, produit des désastre intimes et des pathologies de toutes sortes.

Mais elle est aussi l’indice d’un désordre des temps à une plus vaste échelle : ce sont les rythmes globaux de nos sociétés qui sont déréglés. Le temps du Capital, le temps du Spectacle, le temps de la Technique, toujours plus effrénés, font loi. Ils ont cannibalisé le temps politique, celui de la délibération et de la régulation. Ils se sont imposés, aussi, contre le temps de la nature – perturbant les cycles de notre écosystème ou bouleversant nos horloges biologiques.

Pour agir, il faut d’abord comprendre. Saisir, aussi globalement que possible, cet objet éminemment social qu’est le Temps ; identifier les différents temps qui structurent et déstructurent nos sociétés ; éclairer l’histoire et les ressorts de la grande accélération contemporaine ; enfin explorer quelques-uns des moyens concrets qui s’offrent à nous pour remettre les pendules à l’heure : telle est l’ambition de ce séminaire.

Visionner la séance 1 du séminaire