Séance 1 : Le temps de travail, un enjeu politique

Longtemps centrale dans les discours et les combats de la gauche (Marx y voyait un des terrains privilégiés de la lutte des classes), la question du temps de travail semble avoir été quelque peu délaissée. Pourtant, le travail (celui qu’on a, celui après lequel on court) continue à structurer et déstructurer le temps des Français, modelant, souvent malgré eux, leur quotidien et leur parcours de vie.

Refusant de considérer que la question du temps de travail (qui ne se réduit pas à celle de la RTT, ni même à l’enjeu du partage du travail) serait obsolète, nous avons choisi d’y consacrer la première séance du séminaire « Pour une réappropriation politique du temps », qui s’est tenu en visio-conférence le 10 décembre 2020.

Les historiens Corine Maitte et Didier Terrier, qui viennent de publier un livre-somme sur Les Rythmes du labeur (La Dispute, 2020), ont rappelé l’importance et l’ancienneté du combat pour le contrôle du temps de travail. Ils ont évoqué les interactions complexes (travailleurs, pouvoirs publics, élites réformatrices…) qui ont conduit, progressivement, à sa régulation. Ils ont, enfin, souligné que la question du temps de travail, pour être bien comprise et bien traitée, ne devait pas être déconnectée des autres dimensions du labeur : intensité du travail, formes et niveaux de rémunération, autonomie du travailleur…etc.

Le sociologue Paul Bouffartigue, auteur notamment de Temps de travail et temps de vie (PUF, 2012), a ensuite analysé les évolutions récentes du temps de travail en France, ainsi que les problèmes sociaux et les défis politiques que ces transformations impliquent.

Présentation du séminaire « Pour une réappropriation politique du temps »

Le temps ne nous appartient plus. C’est ce qu’éprouvent au quotidien, dans leur travail ou dans leurs loisirs, des masses de plus en plus nombreuses d’individus. Cette expérience individuelle du temps, dégradée et aliénante, produit des désastre intimes et des pathologies de toutes sortes.

Mais elle est aussi l’indice d’un désordre des temps à une plus vaste échelle : ce sont les rythmes globaux de nos sociétés qui sont déréglés. Le temps du Capital, le temps du Spectacle, le temps de la Technique, toujours plus effrénés, font loi. Ils ont cannibalisé le temps politique, celui de la délibération et de la régulation. Ils se sont imposés, aussi, contre le temps de la nature – perturbant les cycles de notre écosystème ou bouleversant nos horloges biologiques.

Pour agir, il faut d’abord comprendre. Saisir, aussi globalement que possible, cet objet éminemment social qu’est le Temps ; identifier les différents temps qui structurent et déstructurent nos sociétés ; éclairer l’histoire et les ressorts de la grande accélération contemporaine ; enfin explorer quelques-uns des moyens concrets qui s’offrent à nous pour remettre les pendules à l’heure : telle est l’ambition de ce séminaire.